26/09/2003

T'occupe pas d'Amélie...

Décidément, rien ne va plus: je dérive, je m'égare,je ne me retrouve pas.
Mon esprit fait bande à part, il déserte ce corps qui l'abrite et le dorlote depuis tant d'années.
Cela me fait un peu peur: je m'imagine perdue sur ma route, oubliant le chemin du retour....libre, enfin, d'aller dans le Grand  "n'importe où" rejoindre des lambeaux de mémoire ancestrale.
Bien sûr, je me rassure, je me raconte des histoires, je tente de maîtriser, de cacher ce vilain trou avec un brin d'humour, quelques pirouettes, beaucoup de bluff.
Mais le trou consomme tout autour de lui, son appétit de souvenirs est gargantuesque, il me bouffe mon quotidien à peine commis, il me dévore chaque nouvel instant à graver, chaque regard,chaque coucher de soleil.
Bientôt, je vous regarderai avec de grands yeux vides, ouverts sur un autre monde encore à venir.
Bientôt, j'irai rejoindre les âmes fardées d'oubli et j'écrirai à l'encre aveugle mon  nom inconnu .
 
Voilà tout un programme.
Il n'y a donc pas lieu de m'inquiéter pour l'avenir: lui au moins , il ne risque rien, bien au chaud dans son futur aléatoire, qui n'en finit pas de remettre tout ce qu'il peut à demain .
C'est dans ces moments de détresse que je me pose le plus souvent, les incontournables et habituelles questions-ritournelles qui émaillent nos vies avec leur régularité, leur précision, leur fascination, leur horreur :
" Qui suis-je réellement? Qu'est ce que je fous là, finalement ?
J'ai même accompli mon devoir de procréation.
Comme les autres invités au banquet de la nature, j'ai grandi, vécu,consommé, réfléchi, travaillé.
J'ai pas mal menti, j'ai été une impitoyable rebelle, j'ai malmené les hommes pour toute les souffrances qu'ils m'ont fait subir.
J'ai fait beaucoup de mal par la grâce de la transmission transgénique maternelle.
J'ai vomi ,de d'ironie aux  sarcasmes, pratiquement tout le répertoire gastrique des acides sulfureux, sans me lasser , sans amnistie.
A 20 ans j'étais une peste, une jolie peste, mais une  peste implacable, une puanteur : Dans le genre de celle que les mecs appellent communément salope, à défaut d'autres épithètes ( généralement en option sur le service trois pièces).
Je me soigne, c'est long, c'est difficile.
J'essaie de faire la paix avec mes "moi", de pratiquer de douloureuses et impossibles chirurgies entre ma femme sauvage et ma femme soumise, folles et sages à la fois.
Tout m'a tenté, et j'ai cédé à chacune de mes tentations, physiques ou mystiques.
J'ai voulu aller au bout de chaque espoir, de chaque histoire, et, à travers toutes ces expériences de vie, j'ai a-ppris :
J'ai "pris" ce qu'il y avait " à prendre", j'ai reçu , j'ai donné.
 J'ai  tenté d'approcher Dieu avec foi mais sans passion.
J'ai laissé mon corps naviguer  dans les dimensions d'autres corps,  par les courbes des sens .J'ai vogué au gré du Non Espace Temps, sur les flots de mon coeur ébloui.
Bref, j'ai dû faire comme tout le monde ce que tout le monde fait.
 
Puis je suis revenue sur mes chemins, et, un jour, je me suis rendue compte que je n'avais plus 20 ans, qu'il me fallait apprivoiser l'âge adulte, puis la vieillesse, puis la mort.
 
Avec la conscience ,me vient à présent l'amnésie.
C'est probablement un moyen indolore pour quitter , sans regret.
 
Tiens, à la télé, on passe  Amélie Poulain ....

22:50 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/09/2003

1ère apparition de la femme sauvage

 
C'est vrai , je pourrais écrire ici  ( et je le ferai ), ma vie,mes espoirs, mon passé plutôt lourd, mes enfants ( ah, mes enfants, ça vaut une encyclopédie pour chacun ), mes amours, mon boulot....
bref, je pourrais continuer comme chaque fois que j'ouvre ce blog, quand je le sens m'appeler,comme un devoir, une espèce d'obligation morale complètement absurde .
Avant, j'écrivais pour moi toute seule.
 Aujourd'hui, même  et surtout si Muffy est peu fréquenté, même et surtout si peu s'aventurent à faire des commentaires,  le contenu devrait rester relativement intime , presque confidentiel .
Et bien oui et non : J'ai l'impression d'écrire absolument la même chose et tout à fait autre chose;
Quelque part, entre les lignes, il y a des messages, des "moi" différents qui viennent s'exprimer dans une confusion à la fois extatique et dérangeante.
Après tout, c'est assez normal, c'est l'évidence : ça me ressemble.
Je me vis au quotidien , multiple dans mes facettes, caléidoscope permanent, mais aussi unique par mon ancrage à la terre et mon identité affirmée depuis toujours de  femme sauvage.
Cette femme sauvage, je l'aime , elle est vraie et naturelle, elle ne s'encombre ni de fard, ni de prévenance, mais elle est timide, sensible, et on ne peut l'approcher qu'avec précaution, délicatement.
Elle est donc rare, lente à se montrer, prudente,  farouche .
Peu la connaissent vraiment, et c'est bien ainsi.
Elle ne s'apprivoise pas.
 

23:46 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

17/09/2003

et moi, et moi, et moi...?

Il y a chez l'humain des moments de doute, de doute de tout, de rien, de soi, de l'essentiel, du banal, du pire, du meilleur....
C'est ce qui m'arrive, là, comme ça, comme une évidence qui dicterait sa loi.
Que faire de ce "paquet" trop lourd, à peine emballé, presqu'indécent ?
Qu'en faire sinon le jeter, l'ignorer, s'en nourrir, y laisser sa vie, la donner, l'oublier,...pour qu'enfin vienne la certitude ?
La certitude dans la force à se convaincre qu'il existe un "oui "et un "non". A moins que ce ne soit un "oui" ou un "non" !
A tout prendre, osons penser quelque chose de défini, de limité, de mesurable, de construit, de rationnel.....
Osons tirer à soi le voile pudique de la sécurité, de la foi, de la paire de confortables oeillères; Voilà qui est fait!!!
Je compte les secondes....
1, j'y crois.
2, j'y crois, mais je m'ennuie déjà;
3, je m'ennuie.
4, je me mens.
5, je me perds.
6, je me perds si je me mens.
7, j'ignore les limites
8, Je n'ai pas de foi,
9, s'il me faut croire, ça sera en l'homme.
10, et si c'était la plus grosse de toutes les conneries?
 
Une connerie supplémentaire dans le besion incommensurable de me protéger en tant qu'entité unique et en même temps fusionnelle au sein d'un tout, un tout sans corps, flou, mou, subjectif, éthéré ?
Je ne suis qu'une projection d'esprits fous et antagonistes, pervers et aimants.
Je suis un amalgame de corps avides, gavés de sexe et de chair, autant que d'étoiles et de poussière de rêves au fil de l'impalpable brume vivante qui vibre sous mes sens.
Je ne connais bien que ce que je touche avec le coeur, que ce que j'expérimente, que ce que ma mécanique personnelle me permet de mesurer en termes d'expérience, de conscience, de connaissance, bref , de vieillissement, de mâturité ( la première fleur de l'oubli), d'imprégnation .
Je ne suis rien à l'échelle universelle.
 Comme chacun , je le sais.
 Comme toi, toi, et toi, j'ai assez d'orgueil et de trouille de ma finitude, pour m'inventer un monde où j'aurais suffisamment d'existence pour le temps de cette vie .  
Je comprend bien , néanmoins, que je suis ni plus ni moins le produit de mes gènes parentaux et de quelques concours de circonstances......
Comme chacun, j'aimerais être plus et mieux.
Au-delà de "jolies" souffrances et de quelques morts importantes, irréparables, mais sans aucun intérêt, même pour mes plus proches, que me reste t'il à dire aux autres d'une vie volontairement amputée de ce qui m'a été le plus cher pendant tant d'années ?    
Vivre dans l'anachronique et le silence de l'essentiel représente un exercice pénible dans sa banalité : Je me sens sans importance.
Que pourrais-je apporter? Les autres , eux, ont une place: ils ne font pas chier avec leurs macchabées....
Pourtant, je me sens lumière...mais sans doute inutile clarté !
Qui veut regarder au-delà d'un chemin d'encre noire et tenter de faire quelques pas dans mes pas dérangeants?
Qui veut entre-apercevoir ses possibles doutes ?
Qui veut oser affronter sa chance insolente d'être là, vivant et heureux, superbement drapé dans son égoïsme de privilégié de l'histoire ?          

01:31 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/09/2003

Drapeau blanc

 
J'aimerais apprendre à faire la paix avec toi, maman.
Il en est , cependant des histoires dont ma mémoire d'enfant peut encore aujourd'hui palper les sigmates
J'aimerais vraiment faire la paix avec toi, maman, te laisser dormir tranquille et m'offrir par là même des nuits sans angoisse.
Il y aura du temps encore, pour raconter cette "drôle d'enfance" qui fut la mienne.
Pardonne moi. Il se peut que je m'égare au fil du récit, que je brode, que j'improvise...
C'est toi qui m'as initiée à tout cela, ne l'oublie pas :
Tu as semé quelque chose de mauvais, à l'intérieur , au plus profond de moi,et cette chose,je pense à présent, après un long et douloureux recul, cette chose, tu me l'as transmise sans le savoir....
Je crois aussi que ta mère la possédait déjà : elle fut injuste et cruelle avec toi, elle a préféré ton frère, elle ne t'as jamais ni aimée ni épargnée.
Elle a assisté à toutes tes errances,aux violences qui t'ont été infligées par ton mari, sans intervenir, sans sourciller.
Elle n'a pas un instant pleuré la mort de ton père ( tu avais 18 ans! Tiens, comme l'histoire aime se re-faire de génération en génération).
Elvire, forte et fière ( ben voyons),loup ou mère-grand?
Qui a condamné la grossesse dont je fus le fruit ? Qui t'as, par exemple, obligée à prendre le tram, à acheter du tissu pour lui faire une robe, fait couper et coudre la robe, sans omettre les essayages, le jour où, ayant des contractions , tu suppliais pour partir chez la Mère Luth, en vain.....
Qui a fait en sorte qu' au bout du compte,tu expulses, in extremis,( mais en de bonnes mains,pour nous deux, heureusement), un bébé presque mort?
Qui ne t'as même pas accompagnée pour partager cette épreuve dans l'intime entre une mère et sa fille seule?
 
bref, la grande Elvire,détenait bel et bien cette "chose" mauvaise; D'elle en toi, de toi en moi, son avenir semble assuré.
 
Tu vois, maman, c'est très ambivalent ce que je ressens:
Je t'aime, je t'aime.
Je n'ai pas envie de dire du mal de toi; Après tout, c'est peut-être moi qui ai toujours été insupportable et exigeante.
Du bourreau et de la victime, il y a souvent amalgame, partenariat, complicité, jeu de dupes.
Cela revient à me questionner sur le " qui suis-je" en réalité ?
 
Tu sais, maman, j'ai peur d'avoir moi aussi fait souffrir.
Non, je n'ai plus peur : je sais !
J'ai peut-être aussi transmis la "chose ", alors que j'ai tellement lutté pour la tuer en moi..;
 
Dors en paix, toi que j'aime dans le meilleur du meilleur de mes souvenirs. Je m'efforce d'oublier le pire, mais...
Ta vie n'a pas été du pur bonheur,je le regrette pour toi.
Maintenant, tu mérites bien un silence sans rancune.
Un peu après ton opération pour un anévrysme cérébral (2ans après la mort de papa),alors que tu nous revenais miraculée, balafrée, handicapée de la mémoire, hémiplégique...mais toujours autoritaire ,j'avais écrit ce petit poème.
Nous avions, ma soeurette et moi, eu si peur de te perdre.
Je sais qu'il était sincère, c'est pourquoi je vais le transcrire ici, tel quel, comme un drapeau blanc :
 
Ma mère aux cheveux bleus,
aux yeux de lune
en perles de tendresse.
Ma mère aux doigts d'automne,
aux mains de femme,
au coeur de pain.
 
Ma mère aux cheveux d'ange,
aux ailes tristes de l'absence.
 
Ma mère au pas cassé
des heures qui s'échappent,
naïve dans ta prière,
belle dans notre amour.
 
Ma mère aux cheveux bleus,
au front d'oiseau blessé,
au visage d'autres soleils
 
Ma mère aux rides claires
à l'image de nous.
 
Ma mère aux cheveux bleus,
Riche d'enfants sauvages,
heureux dans ta lumière.....
 
 
 
Bonne nuit, maam.

03:03 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/09/2003

La reine "mère"

La mère, la mienne, entre autres,à partager.
A partager sans partage d'amour.
MA mère!!!
Pourquoi, maman, suis-je encore en colère envers toi, pourquoi?
 
A chaque anniversaire de ta mort, je viens de fêter mon anniversaire ( de vie ); Comme si ma naissance et ton décès avaient un lien secret , mais si fort...
Tu nous as quittés sans un mot, sans prévenir,sans m'avoir jamais laissé la moindre chance, sans une explication,sans m'avoir jamais dit que tu maimais.
Tu sais : J'en avais besoin !
Toi, tu étais trop fière.
Toi, tu n'aimais que toi.
J'ai été une intruse dans ton corps, une marque indélébile et sale.
Je suis sortie de ton ventre avec si peu de vie et, déjà tellement d'obstination, que j'ai survécu.
Depuis, c'est toi qui m'as donné la force, la force noire de l'instinct, le goût de la rébellion, du défi.
Tu m'as insufflé l'orgueil et il a soudé mon squelette.
Oh, maman, pourquoi ne pouvais-tu pas tout simplement m'aimer, me donner un peu de tendresse?
C'était pas ma faute à moi si ton mari te tapait sur la gueule.
C'était pas ma faute si t'es partie avec ta gamine de 6 ans, si t'as dû travailler dur, si elle n' a même pas été reconnaissante ( tu parles: elle a commencé à fuguer à 15 ans, vendu tes vêtements, s'est tirée avec l'un ou l'autre  géniteur de passage, est revenue avec le fils que tu n'as jamais eu,et, comble de tout, te l'a déposé comme un paquet cadeau ) .
C'était pas ma faute, si tu as installé  ce petit-fils, ce fils tout court, dans mon futur berceau, à l'époque où , en toi, je commençais  à bouger, te rappelant, oh, horreur, que le vers était dans la pomme, que t'avait 40 ans bien sonnés et, que l'avortement ignorait encore qu'un jour il serait légal.
C'était pas ma faute si la honte de la famille que tu portais, c'était moi.
Mais c'est quand même moi, qui suis sortie de toi, en cachette, dans la cellule le la mère Luth, sage femme  devant Dieu.
C'est quand même moi qui suis sortie  sans  voix, étonnée, étranglée, épouvantée....
Je n'avais pas beaucoup de place dans tes scénari de vie, donc pas beaucoup d'existence.
Mère Luth s'est acharnée sur ce nouveau-né : on ne meurt pas, ou sinon, au moins baptisé .D'eaux chaudes en eaux froides, de claques sur les fesses en claques dans le dos, jai enduré toutes les tortures de la réanimation de l'époque sans broncher.
Avant de me souffler dans la gorge, en désespoir de cause, la fumée de la cigarette qu'elle venait d'allumer ( on peut être à la fois nonne, fumeuse et passablement dépassée), j'ai reçu le baptème et l'extrème onction en "one shot".
Je dois la vie au tabac ! et à mère Luth. ( j'ai d'ailleurs rencontré cette femme étonnante . Je l'ai vue plusieurs fois, puis ,sa congrégation l'a exilée dans un couvent pour indiscipline. J'ai envoyé des lettres, la dernière m'est revenue...c'était en 1965 ).
A toi, maman, je dois tout le reste !
 
 
NB: que ceux qui pourraient croire que cette histoire n'est que pure fiction, surtout qu'ils continuent.....
Il n'est de plus grande fiction que la réalité, mais, je dis ça.....
 

00:20 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/09/2003

Quand on est tombé dedans...


Il fait grand soleil. Je me disais: tiens voilà un jour qui me ressemble, moitié été, moitié automne.
J'aime la douce lumière tiède, les brumes du matin qui s'attardent, les couleurs chaudes et les vibrations ardentes des insectes.Tout , dans cette curieuse entre-saison m'empreint de parfums de mûres,d'herbes fauchées, d'engrais épandus. L'espace se couvre d'oiseaux migrateurs. Un cocon se prépare.L'air est plus lent,le silence plus visible...
Bref, je me sentais bien, jusqu'à ce que je lise la date du jour : 3 septembre.
 
Me revoici happée par une spirale temporelle, celle qui n'épargne ni la mémoire, ni les sens.
 
Un premier matin d'école.
Du haut de ses 7 ans , le petit, tout habillé de neuf, odeurs de savon et d'apprêt,fier comme un jeune coq, s'évade dans l'escalier, déboule dans la chambre de Nany, en exhibant sa tenue, son cartable,son 10 heures,  tourbillon de paroles et cascades de mots .
Nany ne répond pas.
Le petit ne comprend pas, il insiste, elle ne bouge pas.
Le petit a peur. Il redescend en criant : "  J'ai dit bonjour à Nany, mais elle m'a même pas regardé".
 
 
Maman est morte ce matin là, sans rien dire .
Je l'ai retrouvée à genoux au pied de son lit ...
Depuis, cette image ne cesse de me hanter.
 
Les miracles de l'enfance choyée ont permis à mon petit bonhomme de vivre un  premier jour d'école sans réel trauma : la mort, ça n'existe pas encore dans son histoire.
 
Il fait soleil ce matin.
J'aimerais tant que cette chaleur dorée qui s'insinue au fond de moi , m'apporte l'oubli.
J'aimerais avoir autre chose à offrir à mes enfants, qu'un cimetière familial.
 
Mais quand on est tombé dedans...

12:51 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |