06/10/2003

7 ans après Nanou

 
C'est à toi toute seule que je m'en viens à penser, toi, devenue si petite , rétrécie par ta souffrance, toi, verbalisant beaucoup de choses anodines pour mieux cacher ton désarroi essentiel.....toi, toi, .... toi qui me manque encore, désespérément.
 
Tu sais, je t'emmène partout , je te montre tout, je t'explique que le monde change.
Alors je t'entend rire aux éclats, je t'entend me faire des reproches, tes préférés surtout, ceux qui touchent aux enfants, à ma façon de vivre ma différence avec toi .
J'aime ces moments où tu reviens, je les cherche parfois délibérément, je les cultive.
 
Tu sais, je t'aime . Je t'ai toujours aimée . Depuis le jour de ta naissance je t'aime.
Tu étais le soleil de ma vie d'enfant , tu étais drôle, spontanée, pétillante.
 Tu rayonnais de fraîcheur et d'innocence dans cette famille en proie à des problèmes existentiels que nous n'imaginions pas.
Nous avons été complices, partagé tous nos secrets, nos cartables, nos vêtements, nos soirées de gosses ,puis d'adolescentes.
Nous avons été des partenaires inséparables malgré nos choix de vie, inséparable dans les joies, les rivalités et les disputes, inséparables dans les deuils  terribles qui ont émaillé notre jeunesse .
Tu sais, ensemble  nous étions fortes, et le reste de l'univers n'avait qu'à bien se tenir.
Personne n'entrait dans notre bulle , personne n'osait médire de l'une ou de l'autre .
Toi et moi, à la fois si semblables et tellement différentes, nous étions les gardiennes des valeurs transmises par notre père.
Souviens toi de la montre  de papa : du côté look symbolico-débile, c'était à hurler. Mais, c'était pratiquement la seule chose palpable qu'il nous avait laissée .
 Une montre, ça ne se partage pas . Donc, à tour de rôle, et souvent dans la mauvaise humeur et l'exaspération, nous devenions  LA dépositaire officielle de l'objet pour une période d'un an à beaucoup plus, en fonction de notre degré de proximité et des évènements extérieurs.....
Quand je pense, qu'une fois tu m'as même soupçonnée de l'avoir vendue !!!!
On ne plaisante pas avec la montre de papa.
 
Tu sais,j'ai toujours très mal à ce morceau de moi que tu as emporté.
Je t'en ai presque voulu de m'avoir laissée là, aux portes de ce crématorium,  au coeur brûlant de ton absence , avec Fugain qui  entonnait  :
" Où s'en vont où s'en vont, où vont les gens qu'on aime quand ils s'en vont ?......
 
Mais, tu sais, j'avais à mes côtés mes deux fils, et mon autre moitié de vie .
Grâce à ses trois là, tu m'as laissée en de bonnes mains :  J'ignore quel est le prix d'une vie, mais il doit être dérisoire par rapport au prix d'un instant d'amour...
Alors, tu imagines, ma soeurette chérie, combien je suis comblée.
 
Tu sais, tu m'as beaucoup donné  et tu continue.
Merci, Nanou, pour ton sourire au-delà du temps , merci pour la petite fille blonde aux yeux verts qui gambadait toute nue dans le jardin , merci pour tes leçons de courage, pour ton inconditionnelle façon d'aimer les autres et d'aimer la vie .
Merci de m'avoir accompagnée  tout au long de ton chemin dans ce monde révélé.
Merci de rester à jamais ,ma soeur, pour l'éternité.
 
Laisse mes pensées
toucher ton aile,
dentelle de souvenirs,
frôlements d'azur rayé.
 
Laisse mes pensées
couler comme une larme
dans l'espace où tu manques,
fragile contenant,
fugace compagne
de mes pas dans l'absence.
 
Laisse mes pensées
se gaver de tes rire,
se vider de tes cris....
 
...éteindre l'écho
en refermant la boite.
 
Ce qui reste gravé est mystère,
qui souffle dans le vent
et féconde la terre .
 

19:15 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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