27/11/2003

"tes père et mère honoreras"

 

 

 

   D’abord, j’ai tué mon père, puis j’ai tué ma mère, mais , pas tout de suite.

J ’ai attendu un bon moment. J’ai attendu le bon moment, longtemps, des années.

Crimes désirés, parfaits, opportuns :

L’un pour y puiser la vie, pour pouvoir résister ; pour asseoir ma présence, pour l’imposer, pour exorciser enfin ma souffrance d’enfant doré dans sa cage.

 

L’autre pour me soulager, pour rendre à mes fantasmes une matérialité nécessaire, pour plonger dans l’horreur juste une dernière petite fois….

 

C’est vrai qu’avant,… avant, il n’y avait que de petits rêves, de petites douleurs, de petites angoisses.

 

Peut-être y avait-il aussi de petites joies…. Mais alors , si petites, petites…

 

Aujourd’hui, ils ne viendront plus m’embêter !!!

 

Ils ne viendront plus ces voleurs d’images,  ils ne m’ôterons plus ces moments créateurs de bonheur :

Là, ils apparaissent, ensemble, au milieu du salon, sourire complice, regard amoureux, contemplant fièrement les ravages de leur dernière valse.

Ici, ils se promènent bras-dessus , bras-dessous, dans les allées du parc,  deux gamines aux joues rouges courant comme des folles devant eux.

Là, il nous porte dans l’escalier, ma soeur et moi, une dans chaque bras , en nous appelant  son «  paquet de filles » ;

Ici, elle me fait une robe pour mon anniversaire, je me pique en l’essayant, debout comme une potiche, sur la table de la cuisine. C’est long… C’est moche, c’est moche la robe, mais je m’en fous :

Ça sent les crêpes et le café chaud !

 

Ils ne viendront plus, ces voleurs d’images, me dire que c’est fini, que mes petits souvenirs , ce n’était que des leurres.

 

Ils ne viendront plus me dire qu’ils m’ont menti.

 

Je ne peux pas supporter l’idée même de ce mensonge .

 

C’est pour cela, sans doute que je les ai tués, supprimés, rayés de ma carte :

Ils n’avaient plus rien à y faire.

 

Ils ne respectaient pas les valeurs qu’ils m’avaient transmises :

Faute, grande faute, impardonnable faute, faute mortelle !

 

On ne trahit pas l’amour d’un enfant.

 On doit payer la trahison.

 

Voilà pourquoi ils sont morts, morts de maladie d’amour…..

La maladie, c’est moi, bien vivante, remplie de la force que je leur ai prise pour survivre, pour qu’aucun oubli ne soit possible.

Comment pouvais-je devenir adulte sans cela ?

 

 

 



22:43 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/11/2003

A vot' bon coeur

 

 

 

Au milieu de cette horrible pluie qui n'en finit pas de déprimer, je me laisse aller à écrire quelques jolies petites phrases, mi-spleen, mi-bémol.

 

Brusquement, elle déboule en lettres de feu, jetant sur l'écran ses ombres barbaresques.

La voilà qui efface, qui saccage cet harmonieux alignement de mots :

Elle ne s'invite pas, elle s'impose.

Ma femme sauvage envahit l'espace:

 

Mais, ma pauff fille, tout le monde s’en fout de tes états d’âme.

Amuse la galerie, distrais, sois sympa, branchée, dans le coup.

Si tu pète un cable, si t’en a marre, si tu te sens fragile ou tristounette, ça n’intéresse personne.

Alors, ferme la.

La vie c’est vraiment de la merde, il n’y a rien de bien neuf la dedans. Si tu crois que tu es seule à te dire ces trucs là, raccroche vite fait. Prend ta petite existence étroite, emballe la dans du papier absorbant, essore le tout, et jette.

 Comme dit Mr K dans les « chroniques du plat quotidien » , le seul mérite de l’homme c’est d’être biodégradable

 

Oups !

Voici que je l’avale , que je la pousse bien loin pour qu’elle ne revienne pas tout de suite, car,

Je pense qu’elle a raison.

Mais c’est très dérangeant de s’en prendre plein la gueule, comme ça, sans emballage ;

Elle a raison, c’est vrai :

De toute façon, il va falloir apprendre à se débarrasser de soi  personnellement, si on désire éviter qu’un jour, la société s’en charge. Est-ce par hasard qu’on légifère sur l’euthanasie, qu’on oublie de réclamer ses morts de la canicule entassés à Rungis, comme les fruits et légumes ?

 Est ce par hasard que la maison de retraite devient  l’évidente  dernière demeure de ce qui reste de vivant chez les aînés ?

 

Je pense qu’on s’achemine vers une inhumanité organisée.

 

Je pense qu’on est déjà dedans.

Réveille toi ,ma cocotte. !!!

 

Tais toi, où je vais te vomir….

Mais, tu as raison :

 Les exclus, sont de plus en plus nombreux et variés, les solitudes se dessinent  profondes, multifactorielles, sales .

Le chacun pour soi est la règle d’or, avec comme chef d’orchestre la TV, les sitcoms à la con, les faux  reality shows , l’actu des stars, des mannequins, des vraies princesses, des apprentis jamais chanteurs….

Entre la poire et le camembert, tout s’achète, se prend ,se manipule, y compris la foi, la compassion, la charité.

Tout nourrit, tout ment, tout exploite, tout respire le prêt à-vivre, à-bouffer, à sortir, à s’habiller, à se distraire, à le croire, à-lire, à-rire, à –désirer, convoiter, jalouser, le prêt à-aimer, baiser,  pleurer, rêver, s’émouvoir, le prêt-à- bosser, à chômer, à glander ……

 

Tu as raison :

Le prêt à concevoir, le  minimum - grossesse – en - kit, livré labélisé et garanti  programmable, adaptable, conforme en max 38 semaines,  le prêt à accoucher, programmé, surveillé, périduralisé, aseptisé, chronométré, disponible en 3 heures, avec tranches de  QI supplémentaires en option , même sur le bas de gamme…..

 

Tout est devenu du prêt à tout et surtout  du prêt à jeter !!!!!

 

Tout nous prouve que rien ne reste, ou si peu de poussière polluante.

 

Ce qui n’a pas encore sauté sur une bombe, attendra bien demain dans sa petite peur, sa petite sueur, sa petite insomnie, où tout autre forme d’angoisse consommable….

Le malheur des uns….

 

Tout a oublié de s’arrêter,

                                  -de prendre du temps,

                                  -de prendre le temps qu’il faut,

                                  -de laisser le temps au temps…..

 

Tu as raison :

L’inhumanité est partout,  comme la mérule, comme les semences métastatiques d’un « mal exister ».

L’inhumanité est partout, dans le plus petit du « petit de l’homme », comme dans le plus Grand Imaginaire .

 

A vot’ bon coeur, Mssieux – Dames.

 



18:02 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

07/11/2003

Vivre, c'est mourir un peu...

 

 

 

 

n      J’ai compris que j’ai le droit de mourir sans que cela bouleverse vraiment…

Oui, j’ai compris…j’ai senti aussi récemment, dans mon corps qui, un moment, s’en est allé hors contrôle, tirer du côté de mon myocarde une sonnette d’alarme.

J’ai senti et mesuré combien c’est vivant la mort qui s’approche, qui se rappelle à toi, qui te re- précise ta condition précaire d’humain, combien c’est vivant la mort qui  prépare ta part d’humus universel à repartager au pied de l’arbre avec la terre et le cosmos.

 

 L’évolution de notre espèce  nous a rendus conscients de l’évidence de la mort.

Je pense  que c’est la raison de toutes nos folies et de tous nos génies, des délires de nos imaginaires assoiffés d’équilibre, de nos émotions en quête d’amour ,de confiance, de havre, sans cesse à la recherche du soi-immortel et comblé, du « soi » total, perdu à jamais au seuil de la naissance….

Nous croyons tous désespérément à quelque chose,

Un Dieu, une philosophie, des valeurs….

Dans tous les cas de figure , nous admettons l’idée de la mort, mais au travers de cultes ou de manifestations diverses de foi en la Vie , en la pérennité de la Vie , et certains même, en l’éternité.

 

Moi, j’essaie de croire en l’homme,  en ce crétin d’homme et au  « bon-homme » qu’il y a parfois dedans….mais ,il faut s’accrocher !!!

 

Tout cela , ce sont encore des expressions de foi dans la Vie.

 

Et pourquoi pas croire en la mort, avec elle au moins pas de surprise, pas de discussion, pas d’échappatoire.

C’est du garanti définitif, efficace, universel.

Cela peut enfin mettre tout le monde d’accord.

 

Pourquoi ne pas pouvoir y croire ?

 

Sans doute parce que c’est en apprenant à en mourir que j’apprend à devenir un être humain.

Sans doute parce qu’à travers une inexorable peur se construit en moi une fondamentale force.

Un jour, j’aimerais cesser de trembler, j’aimerais apprendre la paix.

 

Accrocher, jour après jours, au fil de vie qui se détricote lentement ,     la saine colère de celle qui refuse d’accepter sa part d’ « in-permanence »,  c’est un combat déloyal, inutile, mais, c’est une étape  nécéssaire.

Accepter cette part, c’est renter dans l’humanité.

 

Mais c’est justement jusqu’au bout de ce petit mot « fin », que chacun s’en va avec beaucoup de bravoure, une merveilleuse d’inconscience obligée, et surtout , presque paradoxalement, avec la lucidité lumineuse de l’évidence :

Tous, croyants ou non, nous pouvons conjuguer :

-         je sais que je vais mourir

-         tu sais que tu va mourir

-         il sait qu’il va mourir

-         nous savons que nous allons mourir

-         vous savez que vous allez mourir

Ils savent que telle est La Loi des hommes : notre finitude.


18:40 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |