16/04/2005

Châtiment corporel

 
Par un des beaux mystères de l'esprit humain, je me retrouve à Namur et plus précisément chez  ma grand-mère Elvire.
J'ai 7 ans. La longue terrasse du 2ème étage fait le coin de la rue de Fer et de la rue de l'Ange .
Je joue dans un coin à mutiler les plantes du balcon, des horreurs bien grasses  qui ne fleurissent jamais et toute une rangée de cactus en "potées"de terre cuite et vernissée de couleurs pisseuses.
La grande Elvire me soupçonne de harcèlement sur sa pauvre verdure.
Elle reconnaît là les premiers effets pervers qui courent encore dans ses gênes vers un futur dont je porte les stigmates évidents.
Elle me toise, je résiste.
Elle me passe en revue, des pieds à la tête : je sens ce regard horripiler chaque follicule de mon épiderme d'un frisson mi-peur, mi-défi.
J'ai 7 ans, et ma tour d'orgueil est magnifique.Superwoman , qui n'existe pas encore ,n'a aujourd'hui aucune chance de s'incarner ailleurs .
Mais Elvire, qui n'est point sotte, lâche un rien la bride...
Elle s'assied dans le fauteuil d'osier qui trône sur la terrasse, entre l'alignement de plantes et  les sabots sans vie empalés sur le  mur
Et au moment où je sens en moi frémir la jubilation du vainqueur, je perd pied, je suis empoignée, retournée comme une poupée de son.
Couchée sur le ventre , bien calée sur les genoux de ma grand-mère, je découvre la honte : J'entend Elvire crier, pour tous les passants, relevant ma  jupe et  baissant ma petite culotte devant la rue entière , je l'entend crier encore cette phrase idiote qui a traversé les années : "Venez voir, le derrière de victoire, enfermé dans une armoire, tout noir ".
J'ai 7 ans, je me sens humiliée.
J'ai mal à ma pudeur, à mon estime de moi.
Je voudrais me cacher, je voudrais mourir, je voudrais la tuer: J'apprend la rancune au coeur de ma rage  

02:07 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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