30/05/2005

Le "bout du monde"


 
 
Voilà vingt-cinq ans  j' ai quitté la maison de mon enfance pour m'en aller, comme le disent les histoires, vivre ma vie...
 
Après bien des détours, je suis revenue si près de mes sources, que je pourrais les toucher d'un regard, m'y désaltérer d'une gorgée de mémoire.
C'est toujours un moment douloureux mais aussi paradoxalement désiré, que ces rencontres fugaces avec le passé, quand il revient tout seul ou presque faire irruption dans une réalité décalée.

Proximité géographique ? Métamorphose en cours? Ouverture sur un monde plus intériorisé en route vers son inéluctable sénilité?
.....ils se produisent souvent, ces play back en plein jour, comme les rêves éveillés d'un has been ....que je suis sans doute !
Que je suis carrément!
Mais avec beaucoup de tendresse  et d'indulgence égoïste !!!.
On a sa dignité quand-même.

Un exemple du jour:
Me voici devant le terminus du tram .
J'en fais le tour, et brusquement, derrière l'aubette, je re-découvre le bout du monde!
Il m'attend là depuis toujours, depuis que l'évidence l'a inscrit, quelque part dans mon imagination de petite fille.
D'ailleurs,je me dis qu' il n'y a rien de plus normal que le tram y fasse demi-tour: Une fois arrivé au bout du monde, il n'y a pas d'autre solution.
Plus loin, l'horizon est fermé, clôturé par une énorme palissade couvertes de pubs.
Je ne me pose même pas la question de savoir ce qui peut bien se cacher de l'autre côté , non, la fin c'est la fin, le bout c'est le bout;
Un point c'est tout!!!
Maman ne se moque pas de ma découverte, au contraire, elle trouve mon bout du monde très beau.
Mais comme elle ne souhaite probablement pas que je meure idiote,elle m'emmène tout en haut, dans le grenier de la maison.
Par la tabatière ouverte, la vue est grandiose, magnifique, extraordinaire:
Après le bout du monde, de larges champs dorent la brume qui s'élève et au loin, une immense forêt surgit,palette d'un vert royal,impétueuse, luxuriante , couvrant le regard jusqu'à l'égarement.
Maman me dit que la palissade couverte de pubs n' est en fait que la porte du bout du monde.!


C'est à ce moment que je me réincarne, à travers le même sourire frondeur que jadis,devant la pavane de cette gamine orgueilleuse et naïve qui répond de toute sa superbe:
" Tu te rends compte, maman, que c'est moi qui l'ai trouvée, LA PORTE ".
 
 
Et allez donc expliquer au conducteur du tram, ce que vous faites là ,béatement immobile, au milieu des rails....


01:41 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

16/05/2005

Les nouvelles sorcières

 
Testament de sage-femme
 
Ce post a commencé par une réponse à Catmey en commentaire.....puis je me suis laissée emporter par ma passion !!!
....et voilà ce que c'est devenu :
 
Pour moi, être sage-femme c'est "être" d'abord, avec cette parturiente( femme en travail), "être" tout court.
Cela veut dire  acquérir une réceptivité à l'autre.
Cela veut dire vacuité et perméabilité dans l'écoute , dans la relation, dans le non- agir. 
Cela veut dire disponibilité de l'esprit mais  éveil de tous les sens.

Et, éventuellement, si c'est nécéssaire ( et ce ne l'est que rarement, si on a bien compris son art ), intervenir s'il le faut , quand il  faut et comme il faut.
Cette humilité là demande du talent, du temps, de l'énergie et surtout une énoooorme confiance dans les femmes et leur compétence (désormais ignorée,  volée,déniée ) à porter et à mettre au monde leurs petits .
Je voudrais éviter de rentrer dans un plaidoyer sur le respect de la physiologie de la naissance, où sur celui de l'autonomie des futurs parents, mais je tombe dedans à tous les coups
Je n'aime guère me faire traiter de suffragette.....quoi que je ne nie point l'être.
De plus en plus de " nouveaux parents" se mobilisent actuellement ( ex l'association "Alternatives") pour affirmer leurs désirs d'accoucher comme ils le souhaitent, où ils le souhaitent et avec la personne qu'ils ont choisie.
Comme moi, ils sont témoins de la surmédicalisation.

Comme moi, ils observent la fréquence croissante des pratiques permises par le consentement NON éclairé.
Avec les parents, j'ai  un engagement à tenir, pour que soient de nouveau reconnus leur force, leur pouvoir, leur compétence à enfanter et éduquer les générations futures
 
La majorité des grossesses ( 85%) pourraient et devraient se dérouler normalement, et il en va de même pour les naissances, tant qu'il n'y a pas intrusion dans le cours de leur histoire !

Les humains devraient savoir
 que dès que l'on l'on intervient dans les rôles naturels, on quitte la physiologie !!!!!

Et on ne fait que cela.... de la parturiente négligée, abandonnée seule à son angoisse et à sa douleur, non reconnue ni comme femme, ni comme mère, ni comme humain en souffrance ( et qui continue à te hanter à juste titre, Catmey ), à l'accouchement provoqué pour des raisons de confort ( 75%), de la pratique systématique de la péridurale( 60 à 85 %), de l'épisiotomie( 90% des primipares), de l'abus de forceps ou de ventouse .....( j'en passe les pires, vaut mieux!!!)..des préjudices de toutes natures sont commis au quotidien, qui laissent des traces dans les mémoires, les coeurs et  les corps des femmes, sous le magistral et tout puissant prétexte de les "délivrer"!!!

 
Récit de mère ( extrait):
 
"....Je suis femme du troisième millénaire.
Je fais des études,je construis ma carrière, je choisis le père de mes enfants, je planifie mes grossesses.
Comme je n'accoucherai pas souvent, la naissance est dans ma vie unévènement clé qui ne peut être que réussi.
 

"....Je suis femme et mère. Le monde médical acquiert de plus en plus des savoirs sur mon corps et celui de mon petit, mais il ne me les communique pas souvent.
Il nous dicte la façon de nous comporter, de se nourrir, de vivre.
Au nom de l'Hygiène, on me sépare de mon nouveau-né.
Au nom dela Sécurité et de la Prévention, le monde médical me sectionne le périnée, m'ouvre le ventre.
Au nom de la Science, il me distille dans le corps des drogues, pour accoucher plus vite, pour ne plus rien sentir.
Au nom du Progrès, mon corps pesé,analysé, échographié, monitoré, évalué, jugé...ne m'appartient plus....."
.
Rendre à la naissance sa dimension originelle, sacrée, intime et par dessus tout absolument unique,NOUS CONCERNE TOUS : nous n'avons  à accepter ni le rôle  de victime consentante , ni celui de bourreau robotisé, dans le mépris complet de l'individu,et des valeurs fondamentales de l'homme.

Dans notre monde, il n'y a plus de place ni pour l'échec, ni pour l'épreuve.
Donc, il est de plus en plus difficile de rencontrer ses souffrances et de les dépasser !
L'espace de vie est banalisé et aseptisé.
Les affects sont socialement mal acceptés.
Notre société de consommation fait de "l'individu" un objet et du "prendre soin" de l'autre et de soi même" , un produit.
Si la manière d'"être au monde" est liée à la manière de "venir au monde", j'ai peur que nous nous acheminions vers une société d'individus inaptes à mobiliser leurs capacités pour vivre harmonieusement leur "temps de vie".
 
Du fond des âges,je me sens appartenir à ces lignées de femmes et de mères qui, depuis l'aube de l'humanité ont pris soin de ceux qui ne peuvent s'assumer seuls.
J'ai appris des femmes qui sont venues avant moi comment " faire du bien à la vie".
Je suis l'héritière de ces femmes qui brûlèrent sur les bûchers de l'Inquisition, coupables de posséder des connaissances médicales, coupables de représenter un espoir de changement et de mieux-être au sein du fatalisme répressif chrétien.
A mon tour à présent, de transmettre mon art de "passeuse de vie", de "gardienne des passages" aux  nouvelles sorcières qui viennent après moi .
 
 
 
 

02:22 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

12/05/2005

C'est si simple la vie...

 
Témoignage pour Zohra
 
 
Elle doit avoir environ 25 ans. Lui, à peine plus.
Elle a un regard de velours, les yeux en amandes, biche et féline à la fois.
Pour la circonstance, elle a oté son voile .
Son corps est plein,rond comme un fruit odorant;
 
Elle transpire, elle a peur,
Aujourd'hui, elle va mettre au monde son 4ème enfant.
-" C'est ma 4ème fille" dit-elle, comme une honte.
Lui rit doucement, pose un doigt sur sa bouche et affirme mi- amusé, mi-rassurant :
- " mais c'est très bien toutes ces filles à la maison".
 
Elle a envie que ce bébé vienne sans péridurale.
Elle voudrait vivre cet accouchement naturellement;
La nature lui donne rendez-vous en effet, au creux de son ventre;
Elle transpire, elle a peur,
elle a peur de ne pas y arriver.
Lui approuve,il approuve son choix à elle, mais il préfère rester à distance.
Ces choses là, c'est compliqué.
Trouver sa place aussi : avoir l'air d'être là avec juste ce qu'il faut de transparence et la contenance suffisante pour donner le change en cas de besoin
 
Le regard de velours accroche le mien : Complices, nous plongeons ensemble , inconnues et semblables au coeur du fabuleux voyage .
-"Tu crois que je peux le faire ?" me dit -elle,?
-"Je sais que tu peux le faire".
- "Tu resteras avec moi jusqu'au bout ?"
- "Je vais faire ce bout de chemin avec toi".
Le monde disparaît dans une dimension intérieure; 
Lentement, elle apprivoise ce corps , elle commence à comprendre les forces qui l'habitent.
Elle entre dans sa douleur comme on entre en prière,dans une sorte de confiance atavique .
Elle apprend à lâcher prise, à laisser s'ouvrir le passage, à ne plus retenir le petit qui s'annonce.
Je  continue de m'émerveiller devant ce fabuleux pouvoir que chaque femme a au fond d'elle , dans la découverte de sa puissance essentielle : Une alchimie étrange  de violence et de sérenité , un moment initiatique de dépassement de soi .
Mais ce n'est pas un combat,c'est bien plus : c'est une offrande,un cadeau à la vie ....
 
Le travail est rapide, la naissance a lieu  dans le lit, comme elle le souhaite,sans histoire, sans instrumentation, sans recours à des positions barbares ou d'inutiles expositions génitales.
Lui, nous rejoint alors, ému, maladroit, tendre.
Elle et lui accueillent ensemble cette petite fille, ensemble ils la découvrent sur le ventre de sa maman, et la douce bulle de l'intimité vient les couvrir , comme un cocon.
Le bébé trouve le sein, guidé par l'odeur de sa mère et se met à téter.
C'est si simple la vie.
Le moment va venir pour moi de reprendre ma route.
 
Elle a un regard de velours, les yeux en amande qui brillent de mille feux:
-"Je suis si fière de moi ! Merci, dit elle , en me serrant dans ses bras, merci .
-Lui m'accompagne vers la sortie, heureux, radieux.
Il répond à ma poignée de main  par une vibrante accolade .
J'ai l'impression qu'on va se diluer tous dans l'émotion.
C'est l'instant de refermer la porte.
Ce qui se passe de l'autre côté, leur appartient désormais.
 
 
 
Zohra ne sait pas écrire . Elle m'a demandé de vous raconter son histoire,et ainsi de témoigner pour elle.
 

 

03:55 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

04/05/2005

Chanson pour Emi...

Pour Emi et pour tous les enfants , petits et grands,les miens, les autres, qui un jour, en passant par des chemins de bien improbables traverses, sont amenés à refaire ...un monde
 
"Un jour se lèvera sur trois branches de lilas, qu'un enfant regardera comme un livre d'images.
Le monde autour de lui sera vide, et c'est ainsi qu'il découvrira la vie, à la première page.
En dessinant la forme d'une orange, il donnera au ciel son premier soleil.
En dessinant l'oiseau, il inventera la fleur, en cherchant le bruit de l'eau, il entendra les cris du coeur.
En dessinant les branches d'une étoile, il trouvera, l'enfant, le pays des grands....
des grands qui ont gardé un regard émerveillé pour les fruits de chaque jour et pour les roses de l'amour"
 
Que Frida Boccara me pardonne de revisiter ainsi cette chanson qui s'appelle, je pense : Un jour, un enfant.
Quand j'étais bien jeune, j'adorais !!!( la musique aussi), oui oui, j'adorais le tout.
Je n'ai pas honte, j'aime encore, avec un autre regard, mais plus de tendresse....
J'aime surtout dans ces moments d'intense perméabilité qui m'étreignent parfois et où j'ai l'impression de vibrer à l'unisson de toutes les sensibilités et de toutes les émotions qui croisent mon espace-temps.
Je n'ai pas honte, je suis faite comme ça.
Aujourd'hui, ces faiblesses sont les forces liées à mes sources sauvages , ces duvets d'âme pour bleus au coeur....
A consommer sans modération 
 

20:15 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |