20/09/2005

Il pleut sur Los Angeles

 
 
Là-bas aussi l'automne pointe le nez.
N'oublions pas de prendre un pull car les soirées seront fraîches.
Les yeux sur les godasses, allons marcher sur les Etoiles de Hollywood Boulevard.
Courons à Melrose, vomissons à Beverley Hills.
Partons ensuite pour le désert, le high desert, no man's land, middle of no where, et là, cachée dans une petite cité qui eût pu servir de décor à Edouard aux mains d'Argent, retrouvons dans l'intimité de l'émotion , ce bout de famille qui nous manque et qui nous appelle, ce bout de famille qui est la mienne, la nôtre et qui prépare son coeur pour ces retrouvailles.
Ma soeur de l'autre coin de la planète, je me fais une joie de te revoir.
Et toi, petit bonhomme que je ne connais pas, mon petit neveu d' Amérique, j'ai hâte de te découvrir.

22:11 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

16/09/2005

Métro

Le ptit bonhomme est venu s'asseoir à côté de moi, station Comte de Flandres, je crois.
Le nez dans Baricco, d'abord je ne perçois rien, à peine une présence, presque de l'indifférence.
Petit à petit, ce voisin prend corps. Il amène vers moi des effluves de tabac noir, froid et collant. Pas de la cigarette,non, plutôt un relent de mauvais cigare.
La vitre du métro commence à s'embuer.
C'est l'heure de pointe, on arrive à Sainte Catherine, il y a un  flot humain en transhumance., un flot qui se déverse puis un autre qui monte comme une marée humide.
"Il pleut encore," me dis-je.
Il porte un pantalon beige en velours côtelé qui n'a plus de nom et une veste genre tweed grisâtre et rèche avec des accrocs. C'est elle qui exhale tous ses dérivés de goudrons et les conjugue à l'infini.
L'homme se frotte la tête dans les mains, s'essuie le visage dans les paumes d'un même geste attentif, méthodique, répétitif.
Il fait tomber de ses cheveux noirs  drus, serrés, des colonies d'écailles mortes .
Les pellicules poudreuses viennent tapisser le petit cartable qu'il tient bien à plat sur ses genoux.
 
Je m'enfonce dans mon livre comme dans un exil.
Je me retrouve  en mer,dans l'absurde histoire de Novoscente, né sur un navire, pianiste de sa vie, irrémédiable prisonnier du génie de sa propre parenthèse d'existence....
J'oublie un instant la course du métro à travers les sous-sols de Bruxelles, et mon voisin gratte -pellicules.
Mais, à ma gauche, il y a de l'agitation, le petit bonhomme fait le ménage.
Il épousète son cartable du revers de la manche et met ainsi toutes ses traces d'ADN blanchâtres en suspension dans l'air.
Et là je me dis qu'il y a des jours comme ça où on devrait porter un masque, des lunettes noires et  un i-pod dans les oreilles, pour se déconnecter des agressions des sens.!!
 
Un arrière dé-goût monte en moi avec une méchante petite mauvaise humeur.
Je lance un regard de sulfateuse au gars à présent  en pleine exploration digito-nasale.
Il s'arrête en plein exploit, un instant figé dans sa pose héroïque.
Alors seulement je me rend compte que tout le wagon a les yeux fixés sur la scène, cinquante regards mi-goguenards, mi-écoeurés.
Toisé, jugé, le type récupère le doigt voyageur, se passe une dernière fois la main dans les cheveux avec le résultat que l'on sait, tire un peu sur sa cravate pour reprendre un rien de consistance, puis se lève rapidement, l'air affairé et se précipite hors de la rame, sans se retourner.
Je respire mieux. Je le vois s'éloigner sur le quai, faire encore quelques pas, et monter dans le wagon voisin.
Hypnotisée, à chaque arrêt, je guette . Je veux savoir à quelle station il va descendre, mais rien.
 Shuman, Montgomery ,Gribaumont défilent ,Tomberg, Roodebeek, Vandervelde, Alma....toujours rien.
Ensuite, c'est moi qui dépasse mon arrêt, fascinée par ce jeu stupide. Et nous voilà au terminus .Stockel, tout le monde descend...sauf mon sale petit bonhomme qui reprend le métro dans l'autre sens .

01:52 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

10/09/2005

L'étoile en héritage

Il y en a qui réussissent au delà de toute désespérance à faire eux-mêmes leur propre malheur! Il y en a aussi qui vont jusqu'à l'entretenir, jusqu'à gratter la plaie qui voudrait bien cicatriser, pour qu'elle saigne encore et encore.
Il y en a qui jettent leur vie en pâture à tous les excès, sans compter...dans un flux narcissique et béatement adolescent, jusqu'à l'égo-verdose .
Il y en a qui  font et refont sans cesse leurs propres justices, se désignant tour à tour dans une grande fresque presque pitoyable,victimes et coupables  à la fois du meilleur et du pire en soi-même.
Il y en a qui égarent sur leur nombril un regard solitaire et rassasié,confondant à loisir le besoin et l'envie à la recherche du monde à gagner où de leur vie à perdre.
Il y en a qui souffrent et qui ne comprennent pas que toute chose a un sens, y compris leur souffrance, leur maladie.
Il y en a qui ne comprennent pas qu'il faut s'en faire des amies, les apprivoiser, vivre avec elles et non les rejeter, grandir avec elles, les dépasser...
Il y en a qui ne réalisent pas vraiment l'inutilité de leurs quêtes d'amour et de reconnaissance. "On devient son pire ennemi en essayant de donner du sens à ce qui n'en a pas "(H.Selby Jr).
Il y en a qui n'ont pas encore découvert que c'est l'amour et le respect que l'on a pour soi qui contaminent les autres.
"L'essentiel pour le bonheur de la vie c'est ce qu'on a en soi-même"( A.Schopenhauer).
 
Et dans tous ceux là , il y en a au moins un que j'aimerais à la fois secouer, réconforter, soulager, et serrer très fort dans mes bras , parcequ'il a reçu tout mon amour en héritage.
En naissant, il a reçu tout un univers en cadeau ... et on ne gaspille pas l'univers :
Dedans, il y a des étoiles à venir, des étoiles vivantes qu'il ne voit pas encore, et des étoiles mortes, bien sûr, pour en garder le souvenir. C'est pour cela qu'elles brillent très fort, pour qu'il ne les oublie pas.
Suivre l'étoile ne coûte rien qu'un peu de foi...et sur cette route "on ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va"(Rivaro)

02:58 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |