16/11/2005

Mon rêve américain

 
 

Mon envie de partir se fait plus fluide, elle se dilue dans l’obligatoire et le bonheur du jour mais elle reste bien présente , précieuse comme un appel, un appel longue distance.

 

Je coule doucement dans une automne présent, mais je reste matière frémissant sous l’écorce.

 

Ce désir d’aller « là-bas », vivre et construire « autre-chose », où seulement d’aller à ma propre rencontre, de trouver un port, ce désir m’habite, pulsatile ,infiltrant.

 

Je voudrais que ce soit mon chemin, celui qui est inscrit  au creux de ma paume sur une ligne magique du destin.

Qui sait ? J’ai  les yeux encore pleins des courbes du haut désert, des zébrures du ciel à l’infini, de la paix toute simple finalement de cette Amérique profonde dont on ne soupçonne même pas l’existence.

 

Je pense souvent à  Death Valley :

Dans l’air tiède du soir, je revois le coucher de soleil sur les montagnes au Zabriskie Point.

Je me souviens de m’être imprégnée de ce silence qui accompagne souvent les moments extatiques, une communion comme un instant de grâce, quand la montagne se fait chant et explose de tous les pourpres , des orangés presque transparents, des grenats, des verts de gris, et des coulées d’or en fusion  à jamais gravés dans la pierre.

Mais le jour, sous l’écrasante chaleur qui trouble le regard, je revois aussi ces canyons de pierre vives comme illuminés de l’intérieur.

Je revois ces canyons  et au loin, venant de Furnace Creack, j’imagine les chariots des migrants, en route depuis des semaines , traversant dans une inconsciente rage de survivre cette vallée mortelle …. ces colons en qui n’ont plus rien à perdre que leur vie, et qui avancent  dans l’immensité éblouissante et salée des lacs de Bad Water , le long des rivages perfides aux couleurs d’azur et de turquoise, cassant leurs essieux sur les croûtes se sels et les rocailles, traînant des mules assoiffées sous la chaleur et le bât…ces colons qui avancent, qui tombent et se relèvent, qui souffrent et qui avancent encore vers l’Ouest , là-bas, au bout de la vallée, là-bas où s’ouvrent doucement comme des corolles ,  les plaines verdoyantes et les terres fertiles de Californie, et les pentes fleuries qui mènent jusqu’au Pacifique.

 

Je me dis :  Quel est ce courage, cette détermination, cette force, ce désespoir qui les anime et les pousse ici, dans ce middle of no where inhospitalier et sauvage ?

 

Je me dis que ces gens là ont été capables d’aller jusqu’au bout, de prendre tous les risques, vers l’inconnu, sans repère, sans autre bannière que leur fabuleux désir

 

J’ai l’impression qu’il reste quelque chose de ce passé dans ce peuple qui n’a pas honte , même aujourd’hui, de tomber et de se relever, de commencer, d’échouer et de recommencer encore, là où nous cherchons d’abord la sécurité facile du cocon social.

 

Je me dis aussi, que j’ai appris  au milieu de ces paysages démesurés, l’écrasante importance d’une nature  puissante.

J’ai admiré sa majesté. J’ai mesuré mon infinie petitesse.

« Je ne suis ,comme le disait Fugain, qu’un petit grain de sable,… je ne suis qu’un passant, accrochée à ma vie, comme à une étoile, perdu dans l’infiniment grand.

Je ne suis qu’un passant, et je fais mon chemin à grand coups de rêves, perdu dans l’infiniment grand… »

 

 


02:31 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Alors là
On est bien d'accord :)

Écrit par : Jorael | 16/11/2005

... Quand l'imaginaire ailleurs devient réalité de mémoire et s'orne du regard posé sur la nature transcendantale, comment ne pas partir vers la recherche d'un moi toujours avide de découvertes... kiss

Écrit par : mik | 19/11/2005

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