25/03/2006

La Téranga 2

Je m'attend à ce que la fée électricité s'en mèle encore,mais tant pis !

 

j'ai rassemblé mon matériel et je m'en vais rejoindre mes étudiantes dans les hôpitaux du centre ville; c'est la désolation, la précarité n'a pas de nom, le manque d'hygiène cotoie le manque de respect des femmes.

La violence est partout, témoin des souffrances infligées parfois avec plaisir, mais souvent avec la résignation de ceux qui vous disent: "si on ne va pas chercher son placenta, elle peut saigner, et elle peut mourir...alors, elle peut bien avoir  mal maintenant et me dire merci car sans doute je lui sauve la vie"

....aller chercher son placenta, c'est sans aucune anesthésie, introduire la main dans l'utérus d'une femme qui vient d'accoucher, et racler le fonds pour que tout se décolle!!!!

Celles qui l'on subi m'ont dit que c'est comme si on leur avait arraché le coeur...

 

Le bébé trop petit qui vient au monde va mourir tout seul dans la panne où il est né, sans un regard...il n'existe pas!

La jeune Peul de 15 ans terrorisée, car elle ne comprend pas le Wolof, se voit inciser le périnée avec des ciseaux émoussés ( toujours sans anesthésie, bien sûr), qui doivent mordre plusieurs fois la chair avant de la découper ....parcequ'elle est excisée et que sinon, ce périnée va littéralement exploser.

Samba, 20 ans, accouche pour la première fois.

Elle a peur, les sages-femmes lui disent ;

"tais-toi, ne pousse pas, cesse de faire la bête,.

Ton bébé n'est pas resté 9 mois dans ton ventre pour mourir à cause de toi maintenant.

Si tu bouges encore, tu vas le tuer, et toi aussi tu vas saigner et tu vas mourir. Ce sera de ta faute.

Moi, je te dis de te taire, sinon, quand tu vas accoucher, il n'y aura personne près de toi, tu seras toute seule...."

Des histoires , j'en ai des dizaines, c'est dur pour nous ici, mais c'est riche aussi de complicités avec ces mamans.

Je pense qu'en effet , on leur apporte du réconfort, moral et matériel, de la douceur, de l'humanité.

Le tam-tam de Dakar se répand vite...

Dans les rues, des gens nous reconnaissent, nous saluent, nous remerciennt.

Dans les centres de santé, les femmes et leur famille nous attendent....

Elles attendent les "petites sages-femmes belges" avec bonheur, leurs "gentilles toubab", disent-elles.

Et quelle joie pour nous d'être invitées aux baptêmes, où à partager le riz dans les maisons, et recevoir des grigris et autres bin-bin, entémoignage de reconnaissance.

 

Alors, oui, c'est dur, mais qu'est ce qu'on se sent à notre place , avec tous ces gens formidables !!!

 

15:29 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

c'est incroyable! je te lis et je VOIS... je SENS...j'ENTENDS... c'est si loin déjà et encore tellement présent dans ma mémoire, dans mon coeur! Le Sénégal m'a tellement ouvert les yeux sur la vie, sur ma vie que je ne verrai sans doute plus jamais les choses de la même manière, et je suis sûre à te lire que ton retour sera difficile, la vie est tellement différente ici, nos préoccupations de blancs à mille lieues de ce qu'ils vivent là-bas... je suis décalée, je réagit lentement alors qu'autour de moi tout va vite très vite, très vite! Tu sais maintenant qu'il existe un autre monde, où les valeurs sont différentes, déroutantes, terribles parfois, mais ce sont les leurs et on doit s'adapter et comprendre pourquoi et comment ils réagissent... déroutant, douloureux, intolérable souvent mais tellement enrichissant oui! Je pense souvent à toi et à tes "filles" je sais ce que vous devez ressentir au contact de ces gens qui sont tellement différents et en même temps tellement semblables à ce que nous sommes au fond de nous et que trop souvent nous avons oublié! Soyez heureuses... l'échange fait grandir...
"Que survienne le voyageur porteur d´autres connaissances, expériences, ayant sur le monde visible et invisible d´autres conceptions, d´autres avis, d´autres options, et voici que s´engage peut-être le dialogue, que s'amorceune découverte mutuelle où le plus riche n´est pas nécessairement l´étranger, mais où deux faces de la curiosité se rencontrent non pour un défi, mais pour un complément." L. Sédar Sanghor.
Je t'embrasse gentille Toubab...

Écrit par : nanou aux couleurs de l'Afrique | 26/03/2006

... Je partage la réflexion de Nanou (que je retrouve ici avec grand plaisir mais sans aucun étonnement).
"Etre à sa place", j'aime cette image que tu nous envoies.
Car c'est exactement ça !
Je t'embrasse.

Écrit par : le Râleur.na | 30/03/2006

oui j'aime bq le commentaire de nanou et la citation de Sanghor. Rien à y ajouter. amicalement.

Écrit par : mik | 02/04/2006

*** Ouf ! Ca se passe de commentaire...
Tant de douleurs humaines... A quoi sert le progrès si ce n'est à les soulager ???

Écrit par : La Fée Carambole | 04/04/2006

Et comme je suis... Et comme j'ai honte, Maman, a des latitudes de diffrénces, à me lamenter sur du Rien, alors qu'entre tes mains débattent la vie et la mort, le miracle et l'horreur. Comme je sais, te connaissant autant que tu me connais, que tu souhaiterais, au soir tombé, retrouver la chaleur des tiens, un espace clos et intime pour livrer toute cette expérience qui te pèse. SI tu savais, Maman, comme nous sommes fiers de toi, depuis toujours, bien sur, mais a chaque intant d'avantage, surtout aujourd'hui. Par ce que tu es partie au coeur meme des raisons de ta lutte, pour la Femme, pour l'Enfant, par ce que tu es partie puiser la bas, a la source de toute cette fantastique tragédie humaine l'énergie pour revenir te battre ici, avec encore plus de force, plus de rage, plus de vouloir, pour le bien de toutes... A chaque lecture, tu es ma merveille de mère, un être à part, formidable et effrayant d'humanité, une Croisée avec une Misson, un vrai Sens, celui la meme qui nous manque tant. Continue tant que tu aimes, tu es inépuisable, tu es géniale, nous t'aimons tous, certainement pas à la mesure de ton mérite, mais au mieux de nos coeurs a nous, pauvres d'exprérience mais au moins riches de te connaitre.

Ton Fils

Lau.

Écrit par : Jorael | 06/04/2006

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