14/06/2006

A ma Rosa

 Autre extrait de mon journal:

 

Ma Rosalie, qui suis-je donc pour ne pas m'arrêter un instant dans ton souvenir tout chaud?

Ici, en Afrique, j'apprend à consoler, j'écoute, j'offre, et je ne suis pas capable de m'autoriser un chagrin légitime. J'ai refoulé jusqu'à la plus petite pensée vers toi, mais tu apparaîs partout.

Il va falloir me libérer de cette douleur, ma Rosa, pour atteindre ton sourire, ton fabuleux, ton lumineux sourire.

Je te retrouve dans chaque étudiante, dans chaque femme qui accouche, dans toutes les choses difficiles, dans toutes les choses douces.

C'est ta force inébranlable et tranquille qui t'as menée jusqu'au bout de ce chemin de vie. C'est elle qui t'a permis de t'accrocher jusqu'à la naissance de ta dernière petite fille.

Tu l'as attendue comme une dernière récompense, un lien ultime vers un avenir qui ne t'appartiendra plus. Cette petite fille, tu as pu la serrer dans tes bras et lui dire à l'oreille les mots sacrés.

Tu as pris le temps de dire au revoir à tous .

En venant au Sénégal, je savais que je ne te reverrais plus. Tu le savais aussi.

C'est pourquoi nous n'avons parlé ni de mon voyage , ni du tien....

 

Il me souvient, je ne sais pourquoi, ton immense amour des chats, et ton chagrin à la perte de ton Tigrou, écrasé par une voiture juste devant chez moi. Tu as alors adopté Ulysse le chartreux et plus tard la petite Circé, cette boule de parasites récupérée plus morte que vive sur un trottoir. Elle a grandi sur ton lit, en rond à tes pieds, ne te quittant que pour l’indispensable. Puis, quand l’appel du jardin et des odeurs de matous s’est fait pressant, tu lui a dit d’y aller, ne serait ce qu’une fois !

Au rythme de tes allées et venues à  l’hôpital elle a veillé sur ton sommeil léger, elle a attendu tes retours.

Un jour elle a mis bas dans ton armoire, toute seule ! Tu n’étais pas là, elle était perdue. De ses chatons, un seul a survécu et bien sûr, tu l’as gardé....Et bien sûr ils sont restés près de toi jusqu’au bout de tes rêves de chats.

Ma Rosalie, je regrette de ne pas t’avoir parlé de mon voyage : je trouvais que cela faisait trop « vivant » . J’aurais tant aimé aussi que tu me parles du tien, sans pudeur !

C’est bête, j’ai besoin de pleurer ton absence, même si je mesure bien que tu as enfin arrêté de souffrir .

Tu as sûrement déjà rencontré ma petite sœur Nanou, tu sais, celle dont je n’osais pas trop te parler parce qu’elle est morte trop jeune d’une de ces saloperies de cancer , une de ces saloperies que toi, tu allais vaincre Rosa, pour toi, pour mon Lo et pour elle.

Vous voilà toutes les deux de l’autre côté de mon cœur, à jamais intouchables.

J’ai envie d’écrire un mot de toi dans le cahier de bord des étudiantes, mais finalement tout ça, ça ne leur appartient pas : je sais combien elles vivent de moments pénibles, de violence et de mort…

Vivre c’est sans doute aussi cela : rencontrer ses propres limites, les reconnaître et les apprivoiser même sans complaisance. C’est laisser le temps qu’il faut aux ailes pour grandir, pour se déployer et pour se préparer à un nouvel envol…celui du dépassement de soi

 

 

18:43 Écrit par Muffy | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Très beau. J'attendais depuis un long moment que tu reprennes ta plume, toujours toute en pudeur, toujours toute en douceur...
A bientôt te lire encore.

Écrit par : Marirose | 17/06/2006

*** celui-ci me touche plus encore que les autres... le chagrin est universel!

Écrit par : nanou | 24/06/2006

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