07/01/2007

Adieu, Ba

Les saisons de vie sont bien étranges...

A présent c'est le papa de ma Kaya qui s'en est allé.

De tout cela , moi, je ne ressens rien qu'un certain malaise.

Je comprend mal les effusions et les larmes, alors que cet homme là souhaitait mourir.

Il avait fait le tour de tous les possibles de son existence. Handicapé par la maladie, limité dans ses mouvements, il vivait sa perte d'autonomie comme un calvaire.

Mais c'était un père aussi, bien imparfait, souvent absent, mais un père tout de même, et c'est sans doute cette image là qui  vient à manquer, davantage que l'homme...

je me suis souvent demandé sur quoi l'on pouvait bien pleurer, si ce n'est sur soi-même, sur la peur de sa propre mort, sur l'absence sans retour,sur tout ce qui ne s'est jamais dit , ou sur ce qui aurait dû rester muet...sur sa solitude de petite fille, irréparable désormais, sur tout ce qu'on a donné, même pour rien, sur tout ce qu'on n' a pas reçu..

La mort du père, c'est une sorte de passage symbolique, un rendez-vous avec une part de soi qui se voit tout à coup  responsable, sans garde-fou, de ce qu'elle fera du reste de sa vie, une part de soi qui mesure en un éclair l'échéance, l'espace et l'abîme, la liberté et l'infini des lunes.

La mort du père, c'est marcher sur sa coquille brisée en criant son appartenance, c'est jeter dans le vent des souvenirs la trace indélébile du lien.

 

 

Mon amour, j'aimerais tant t'aider, te soutenir, te comprendre..

Je ne puis qu'être là

23:17 Écrit par Muffy dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

La mort du père je ne l'ai pas encore connue. Par contre, je vais devoir affronter celle de ma mère. Son cancer a repris de la vigueur, elle refuse la chimio cette fois. Elle préfère partir avec sa tête que rester et perdre la tête. A 80 ans, je m'incline, je comprends son choix, je respecte sa discrétion, j'ai seulement averti ceux qu'elle aime le plus, parce que je sais qu'à nous tous, nous pourrons tenter de lui offrir les meilleurs derniers moments de son existence.
Ce que je ressens surtout au fil du temps qui passe, des anciens qui s'effacent, c'est que c'est notre tour de les remplacer. Autant je n'avais d'angoisse à devenir mère, autant j'ai des appréhensions à devenir "ancêtre", porteuse d'une vie, d'une histoire. Peut-être serai-je une vieille dame indigne ? Peut-être serons-nous porteuses d'un autre message pour les générations qui nous suivent ?
Irrémédiablement nous allons entrer dans le "3ème âge", celui durant lequel nous attendons le respect toujours recherché, celui que nous ne pensions même pas atteindre, celui que j'espère nous vivrons avec nos convictions, sans condition, celui de notre propre respect.
Je te souhaite un excellent voyage en Afrique, et une excellente année 2007.
Je t'embrasse.

Écrit par : Marirose | 08/01/2007

A Marirose, Ta maman fait un choix courageux, je suis pleine d'admiration. Mais c'est vrai qu'il te faudra beaucoup de force pour la soutenir jusqu'au bout, beaucoup d'amour aussi.C'est ce qui te donnera sans doute une autre dimension pour rentrer doucement dans ce 3ème âge que tu évoques....qui nous tend les bras avec l'ironie de l'inexorable.
Quant au respect, il faut moins en attendre les signes que le silence...C'est lorsqu' il manque qu'on le remarque!
Et le silence, c'est un lieu que je découvre avec l'âge, comme un privilège: je parle moins, je souris davantage,j'écoute les murmures intérieurs, je deviens plus "contemplative".
Ma nature sauvage a compris ce que des années d'errance dans de petites causes perdues, beaucoup de salive, de passions et surtout d'orgueil, m'empêchaient de comprendre et d'atteindre...alors que c'était tellement évident.
Je te souhaite une année lumineuse,
tendresses

Écrit par : muffy | 09/01/2007

Splendide réflexion... ... tout simplement.
Bises.

Écrit par : le Râleur.na | 09/01/2007

encore un texte qui ma parle... parce que même imparfait Il est tout ce qu'il me reste, même si je l'ai supplié de pas s'en aller, je sais qu'un jour lui aussi ...
Tu sais j'ai souvent hésité à écrire sur mon Papa, absent souvent de mes images d'enfant, présent mais si loin de ce que je suis vraiment dans ma vie d'adulte et totalement étranger à ma vie de mère... mais c'est mon père, mon lien vivant avec "ce qui était" mais surement pas mon garde-fou, celui-là est loin maintenant. ce texte est si proche de ton post précédent... les liens sont mystérieux souvent!
Si j'ai bien compris, tu repars pour Le pays de la teranga, je te souhaite aussi un merveilleux voyage et aussi la force de l'aider à surmonter cette épreuve... plein de bisous

Écrit par : nanou | 10/01/2007

kikou faire le tour de tous les possibles de l'existence... quel bel hommage que tu fais là et quels beaux mots simples pour dire la mort du père. vraiment j'aime ta plume parce toute trempée d'une sensibilité, bien autre qu'une sensiblerie.
Tu es là, et c'est l'unique réconfort que nous pouvons offrir.
kiss

Écrit par : mik | 14/01/2007

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